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Le ralliement de la Martinique à la France combattante

I

l y a quatre-vingts ans, le 24 juin 1940, le Conseil général de la Martinique déclarait à la quasiunanimité sa volonté de continuer la lutte aux côtés des Alliés.
Quelques jours seulement après l’appel du 18 Juin du général de Gaulle, ces élus martiniquais – aux premiers rangs desquels le député-maire de Fort-de-France, Victor Sévère – se sont ainsi opposés au régime de Vichy représenté par l’amiral Georges Robert. Refusant l’armistice signé dans l’Hexagone, ils ont exigé le ralliement immédiat à la France Libre et appelé à rentrer en résistance.
Cet acte de bravoure ne fut que le début d’un engagement croissant et multiforme de la population martiniquaise contre le système autoritaire et répressif mis en œuvre par l’amiral Robert.

Engagement tout d’abord de milliers d’Antillais, dont de nombreux Martiniquais, parfois très jeunes, partis rejoindre au péril de leurs vies les îles voisines de la Dominique et de Sainte-Lucie pour rallier l’Angleterre et participer à la lutte armée aux côtés des forces françaises libres, après avoir reçu une formation militaire à Fort Dix, dans le New Jersey (États-Unis). Qualifiés de «dissidents» par le régime de Vichy, ils firent de ce nom qui se voulait infamant un titre de gloire en versant leur sang en Afrique, en Italie et en France pour gagner la victoire. Par leur dévouement remarquable, ils ont contribué à la chute des puissances de l’Axe aux côtés de milliers d’autres Français.

Engagement ensuite de nombreux militaires basés en Martinique et décidés à renverser le régime mis en place par Vichy. Le 27 juin 1943, une compagnie entière de soldats du camp de Balata sous l’autorité du commandant Tourtet décida ainsi de se mutiner. Incapable de faire face suite à la reddition sans combat de ses troupes, l’amiral Robert fut alors contraint de remettre ses pouvoirs le 14 juillet 1943 à Henri Hoppenot, ambassadeur de la France libre à Washington. Ce dernier n’eut alors plus qu’à constater le ralliement de la Martinique à la France combattante; l’île devint l’un des premiers territoires français libérés, et ce sans effusion de sang.

Engagement enfin de tous ces Martiniquais célèbres et anonymes, ayant manifesté dès le premier jour leur opposition aux idées réactionnaires portées par le régime de Vichy par des actes de révolte du quotidien, tels que la mutilation des affiches pétainistes ou encore l’usage des mots pour interpeller les esprits. Et ce malgré les menaces, les intimidations, les condamnations. Un exemple en est la revue Tropiques, inaugurée sous la plume d’Aimé Césaire, de Suzanne Césaire, d’Aristide Maugée et de René Ménil pour faire passer un message de liberté tout en veillant à contourner la censure vichyste.

Dès avril 1941, dans le premier numéro de la revue Tropiques, Aimé Césaire affirmait ainsi : « Nous sommes de ceux qui disent non à l’ombre. Nous savons que le salut du monde dépend de nous aussi. Que la terre a besoin de n’importe lesquels d’entre ses fils. Les plus humbles […] Les hommes de bonne volonté feront au monde une nouvelle lumière ».

Quatre-vingts ans après, il reste nécessaire de rappeler le courage de ces Françaises et ces Français qui refusèrent, parfois jusqu’au sacrifice suprême, le joug de l’oppression. C’est le sens de cette exposition virtuelle proposée par la Préfecture de la Martinique et fondée sur un travail réalisé en 2013 par le Centre Régional de Documentation Pédagogique, avec le concours des Archives départementales et la Bibliothèque Schoelcher.

À travers de nombreux documents d’époque, elle est l’occasion d’honorer l’engagement de tous les Martiniquais qui contribuèrent à ramener la liberté. Elle est également le moyen, par son format numérique, de diffuser auprès d’un large public la mémoire de ces femmes et ces hommes refusant la défaite et partis combattre, aussi de rappeler la place de la Martinique dans la lutte contre le joug du régime de Vichy.

Stanislas CAZELLES

Préfet de la Martinique
Juin 2020

 

Arrivée à quai du paquebot « Duc d’Aumale » qui fit la navette pendant la guerre entre les Antilles et le Mexique.
C’est lui qui ramènera en 1943, après la mise à pied de l’Amiral Robert, les combattants français volontaires

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